je veux mes deux parents

discussions autour de la famille, entraide
 
AccueilPortailCalendrierFAQS'enregistrerConnexionMettez un bouclier sur internet

Partagez | 
 

 Protection de l’enfance, des familles sous contrôle ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
jmphoenix
Admin
avatar

Nombre de messages : 2141
Age : 40
Localisation : Aveyron
Date d'inscription : 25/03/2006

MessageSujet: Protection de l’enfance, des familles sous contrôle ?   Mar 26 Sep - 21:49

Alors que le gouvernement a mis en œuvre une réforme de la protection de l’enfance qui sera examinée à l’automne à l’Assemblée nationale, le nombre d’enfants en danger n’a cessé de croître ces dernières années, selon un rapport de l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (Odas). 95 000 enfants étaient en danger en 2004, soit 6 000 de plus qu’en 2003, dont 19 000 ont subi des maltraitances intentionnelles. Les 76 000 autres enfants ont fait l’objet d’un signalement car ils sont élevés « dans un contexte familial particulièrement dégradé qui menace leur développement sur le plan éducatif et/ou matériel ». Une catégorie qui amène inévitablement à se pencher sur le lien entre signalement et précarité.

Fabienne est catégorique. Si elle a mis deux ans pour récupérer sa fille placée dans un foyer de l’enfance puis en famille d’accueil, c’est surtout en raison de sa situation économique précaire. « Quand on appartient à une certaine catégorie sociale, on a toujours l’épée de Damoclès au-dessus de la tête. C’était toujours la même chose. Je n’avais pas assez d’argent, je vivais seule… À la fin, je ne comprenais même plus ce qu’on me reprochait. » Elle raconte son histoire. Tout en pudeur. Le mari violent, le décès de celui-ci, la perte de l’emploi, la descente aux enfers, les services de psychiatrie. Elle ne nie pas avoir été défaillante. « Peut-être que je n’étais plus apte à m’occuper de ma fille pendant un certain temps, mais ce n’était pas en nous séparant comme ils l’ont fait que ça allait m’aider. Personne n’a cherché à comprendre. Personne ne savait que j’avais essayé de la protéger au maximum quand mon mari me maltraitait. Dans les placements, normalement, tout doit être fait pour rapprocher la famille. Là, tout était fait pour nous séparer. »

Cette expérience douloureuse n’est pas isolée et la plupart des familles qui se trouvent confrontées aux services de l’aide sociale à l’enfance tombent des nues. Car loin de n’être destinée qu’aux enfants maltraités, la protection de l’enfance, qui relève de la responsabilité des départements (et de leurs services de l’aide sociale à l’enfance), s’applique aussi aux enfants qui présentent des “troubles de la relation” ou des “troubles du comportement”. L’incompréhension est alors totale face à des décisions qui apparaissent toujours injustes et renvoient les parents à leurs manques, à leur incapacité à être parents. « Tout ce qu’on peut faire est mal interprété, poursuit Fabienne. On n’ose même plus demander de l’aide et si on a un problème ou une difficulté, on n’ose plus le dire car on va nous renvoyer que nous sommes de mauvais parents. » Pourtant, professionnels et intervenants spécialisés dans le domaine de la protection de l’enfance refusent de tomber dans la caricature. Paul Durning, directeur de l’Observatoire national de l’enfance en danger précise ainsi que « tous les enfants en situation de précarité ne sont pas en danger », même si, reconnaît-il, « beaucoup des enfants en danger sont en situation de précarité ». « Il est évident, poursuit-il, que si vous êtes sans logement ou à cinq dans une seule pièce, les risques d’énervement et de dérapage sont plus grands. Le cumul des facteurs de stress vient accroître les risques de maltraitance. Mais nous ne sommes pas dans un phénomène où une cause produit à coup sûr un effet. Il y a une multiplicité de causes qui sont à l’origine de la maltraitance. Les causes environnementales pèsent et le nier serait faire preuve d’angélisme. »

Pour Christophe Subts, vice-président du Tribunal de grande instance de Caen et ancien juge des enfants, « les choses ont évolué. Il y a dix ans, le juge des enfants était souvent le juge des blessés de la vie, de la grande précarité. Aujourd’hui, il est de plus en plus saisi de cas où les enfants sont en danger du fait des séparations ». Et s’il considère lui aussi caricatural de dire que ne sont placés que les enfants du quart-monde, il reconnaît également que « la précarité est un facteur déterminant dans le placement ». De quoi donner du grain à moudre à ceux qui s’inquiètent des dérives possibles de contrôle social. Les familles précarisées se retrouvent en effet plus facilement sous le regard des travailleurs sociaux. Michel Desmet, président de l’Union nationale des associations de sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et des adultes (Unasea) qui fédère 118 associations départementales ou locales, rappelle que « nombre d’enfants souffrent de la précarité. Des facteurs tels que la désagrégation familiale, la monoparentalité, le chômage, l’insuffisance des ressources, les mauvaises conditions de logement, les difficultés scolaires, constituent pour leur épanouissement des handicaps graves. La plupart d’entre eux parviennent pourtant à les surmonter. Ce qui paraît essentiel, c’est l’harmonie de la vie familiale. L’éducation d’un enfant requiert beaucoup d’attention, de patience, d’amour. Ce sont souvent les carences affectives qui finissent par provoquer les inadaptations à la vie sociale et les comportements condamnables. Or il apparaît que les violences familiales, première cause de la mise en danger des enfants, n’ont pas de lien spécifique avec les situations de précarité ». Mais pour Denis Vernadat, président du Cnaemo (Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert), la précarité reste « un surhandicap ». « C’est une aggravation du risque, c’est évident, insiste-t-il. À aucun moment, pour autant, cela ne nécessite une mesure éducative. Cela nécessite que la société mette en œuvre des systèmes de protection sociale. Il faut être précis et vigilants et reconnaître que, majoritairement, les mesures administratives affectent les milieux précarisés. »
La question de la relation entre précarité et mesures de protection de l’enfance est, on le voit, complexe. De fait, bien plus que la précarité matérielle, l’isolement peut être également un facteur aggravant le risque de maltraitance. « Dans les classes moyennes, indique Denis Vernadat, quand un enfant se déscolarise, les parents prennent les moyens nécessaires, recherchent des aides, procèdent à des consultations psychologiques. Dans les couches défavorisées, il est évident qu’il y aura moins de possibilité de prendre des mesures pour éviter un signalement qui passera par l’école ou la protection maternelle et infantile. » Marie-Thérèse Gendron, responsable du pôle social à la direction qualité-recherche de la Fondation d’Auteuil, note pour sa part que « le facteur principal dans une mesure de protection va être la pauvreté relationnelle au sein de la famille ou du cercle élargi ». Les familles pauvres en situation de difficulté éducative avec leurs enfants ont moins de moyens pour trouver des aides, des appuis extérieurs, des relais, des “béquilles”. Guillaume Douet, délégué adjoint du Secours Catholique à la délégation diocésaine de Versailles et ancien chef de service dans une maison d’enfants à caractère social, insiste sur la difficulté d’avoir « une relation équilibrée avec un enfant, quand les facteurs de stress s’accumulent de toutes parts : logement, emploi… »

À partir de ces constats, il pourrait être important de mieux lier la prévention de la précarité avec la protection de l’enfance. En effet, si l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée note que « depuis la création du RMI, la précarité est assez rarement à l’origine directe d’un signalement », il n’en reste pas moins que lutter contre la précarité, aider les parents à retrouver du temps pour s’occuper de leurs enfants malgré leurs difficultés matérielles, à retrouver des repères dans leur “métier” de parents peut s’avérer utile pour prévenir les problèmes d’ordre éducatif des enfants. Guillaume Douet souligne que le « travail d’accompagnement globalisé de la famille que nous faisons au Secours Catholique participe de cette prévention. Ce n’est pas un travail spécifique de protection de l’enfance mais on fait le lien entre toutes les problématiques. Le problème vient souvent du fait qu’il y a une parcellisation du travail social. Il y a une multiplicité d’intervenants, très peu de synthèse et peu de moyens. Les travailleurs sociaux sont bien trop pris dans des problématiques de dossier et n’ont pas le temps de faire des visites à domicile. Il n’est pas rare que les assistantes sociales demandent une aide financière pour une famille au Secours Catholique car elles savent que nous irons rencontrer cette famille. » La réforme en cours de la protection de l’enfance entend insister sur la prévention, notamment par des bilans de santé des enfants, élargis aux conditions de vie, dès l’entrée en maternelle et réguliers, ainsi que par un lien renforcé avec la PMI dès la maternité (voir l’interview du ministre de la Famille, Philippe Bas, page 22). Des mesures qui sous couvert de prévention peuvent s’apparenter à un véritable contrôle social. Denis Vernadat relève d’ailleurs que « si la prévention est un point essentiel, il convient de ne pas la confondre avec la délation. Le vrai travail de prévention passe par une volonté de la collectivité de venir en aide aux plus faibles ». « Il y a danger qu’en 2006 on en revienne aux “classes dangereuses”, aux déterminismes sociaux », dénonce-t-il. Bien sûr, ces inquiétudes ne concernent pas aux enfants qui subissent des maltraitances physiques ou sexuelles. Mais à ceux qui souffrent des “carences éducatives des parents”, soit, selon le rapport de l’Odas, 50 % des enfants signalés. Or, entre “enfants en danger” et “enfants dangereux”, il y a une marge étroite. Un amalgame de plus à éviter.

http://www.secours-catholique.asso.fr/actualitefrance_983.htm

_________________
Site de la délégation :
Un dragon à votre service, ça se passe par mail webmaster@coparentalite.fr
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://collectif.coparentalite.fr
 
Protection de l’enfance, des familles sous contrôle ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Police judiciaire sous contrôle de la Justice?
» [RECH] Plaque de protection plastique sous le moteur
» [RECH] Protection pare boue AV et AR
» [VENTE] Carénage sous moteur
» Accouchement sous X

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
je veux mes deux parents :: Remue méninges :: Actualité de la coparentalité-
Sauter vers: